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je suis CHARLIE HEBDO

Au nom de tous ses membres, l’association ANLULA – Aidons Nous Les Uns Les Autres vient apporter son soutien inconditionnel à l’ensemble des personnes qui oeuvraient et oeuvre encore pour le compte du journal CHARLIE HEBDO, avec une pensée particulièrement émue et peinée pour les familles, les proches  et les amis de celles qui ont été lâchement assassinées au siège du journal, mais aussi dans la rue, tel ce policier, Hamed Merabet, musulman comme ses assassins, seul, que ces barbares impitoyables ont poursuivi, alors qu’il s’enfuyait, pour finalement l’abattre froidement, sans aucun état d’âme, ce qui en dit long sur leur niveau de férocité.

Fines lames d’un humour sarcastique souvent insolent, caricaturistes irrévérencieux et impertinents à souhaits, où l’ironie n’était jamais très loin, mais jamais déplacé, vulgaire, injurieux, insultant ou méchant, François Cavanna, le professeur Choron (Georget Bernier, dit Georges Bernier), Jean-Marc Reiser,  Georges Wolinski, Cabu (Jean Cabut) et leur journal satirique Hara-Kiri, grand monument de l’humour, m’ont accompagné tout au long de ma jeunesse et bien plus tard, me montrant la voie de la vérité, les pièges de la manipulation et ce qu’est une démocratie où la liberté d’expression n’est pas un vain mot.
Comble de l’autodérision, comme un pied de nez, le journal avait repris à son compte un jugement (un journal « bête et méchant »), qu’avait porté un lecteur sur lui, devenu depuis sous-titre du magazine.
Chez ces garçons, derrière leurs convictions sur notre société et des opinions politiques bien arrêtées, où le « politiquement correct », le consensus mou et hypocrite, la retenue, la nuance, n’avait jamais sa place, sommeillait, de fait, un fond de grande gentillesse et de profonde humanité, contrairement à ce qu’ils tentaient de nous faire croire quand ils endossaient le costume du mauvais garçon et ne méritaient certainement pas le funeste sort qu’on leur a réservé.

A travers leurs dessins, certes aux contours minimalistes, mais tellement parlants et édifiants, des textes formateurs et enrichissants, tellement dans le vrai, ces virtuoses de la satire ont modelé ma pensée d’adolescent en transformant ma vision de la société, m’ont éduqué en m’enseignant la liberté, notamment celle de rire, de se moquer de tout et de tous, le courage de parler, d’écrire ou de dessiner et je les remercie pour ce travail salutaire d’éducation populaire, qui fait qu’en France ou ailleurs, aucune dictature militaire ou religieuse ne peut survivre quand les citoyens ont les yeux et les oreilles grands ouverts.
Et pourtant chaque fois, l’équipe rédactionnelle de Hara-Kiri a exercé son art dans un exercice d’équilibrisme, entre leur désir d’exprimer leurs idées et une censure qui à contribué à l’extinction du magazine, après le fameux « bal tragique de Colombey qui avait fait un mort »…

Hara-Kiri, ayant disparu des kiosques, il a donné naissance à un nouveau canard CHARLIE HEBDO, en reprenant les mêmes recettes, avec la même justesse d’esprit et les mêmes accents de vérité assumés.
En plus de Cabut, Wolinski, d’autres pointures sont venues rejoindre cette nouvelle rédaction,  Charb’ (Stéphane Charbonnier), qui dirigeait CHARLIE HEBDO, Tignous (Bernard Verlhac), mais aussi Honoré (Philippe Honoré), tous morts assassinés, et puis tous les autres, les survivants qui ont eu la chance d’échapper au massacre.
Une pensée aussi à Oncle Bernard (Bernard Maris), brillant économiste, que j’avais plaisir à entendre sur des chaines télé, étant là, lui aussi, au mauvais endroit, au mauvais moment, qui est tombé sous les balles d’un terrorisme aveugle.
Que ceux qui ont laissé leur vie dans cette tuerie, que nous n’avons pas cité et leurs familles, leurs proches, leurs amis, s’ils nous lisent, nous pardonnent tellement la liste des blessés et des morts, connus et illustres inconnus, est longue.

Hier et aujourd’hui encore on a tué des juifs par le simple fait qu’ils étaient  juifs.
Aujourd’hui on  a tué des journalistes, des dessinateurs, d’un journal, parce qu’ils défendaient à travers la puissance de leur crayons, les valeurs qui ont fondé notre société, nos libertés, notamment celle de rire, de se moquer de tout et de tous, un modèle de société qui  a ensemencé le monde libre.

Ce que l’on peut dire, après cette tragédie, en dehors de l’immense peine que l’on éprouve après leurs disparitions et le grand vide qu’ils laisseront dans le paysage, c’est que si les hommes sont morts, leurs idées, elles bien vivantes, sont toujours là et seront repris par d’autres avec autant de force.
Ils ont ouvert une voie et tracé un sillon avec une marque indélébile.
Nous avons en France, un vivier de talents qui sauront reprendre le combat, même s’il faudra du temps pour reconstituer une nouvelle équipe, car personne ne peut croire, avec une telle histoire derrière lui, que ce journal va disparaitre, même après la décapitation de son équipe.

Ce n’est malheureusement pas la première fois que des français sont frappés sur notre sol et ailleurs par des actes terroristes, ni, je le crains, la dernière, tant les signaux d’alertes sont nombreux, les réseaux dormants n’ayant pas encore tous fait jour, pis, ils ne sont même pas identifiés par nos services secrets, c’est dire.
Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas le voir, ni l’entendre.
Pour autant ce n’est pas une raison pour avoir peur.
Nous sommes un peuple libre et devons le rester, continuer, comme par le passé, à choisir le mode de vie qui nous convient, sans céder à aucun moment, ni à la panique, ni au chantage.
Nous devons aussi veiller au respect des valeurs républicaines et laïques qui ont fondé notre société, où le principe d’une cohésion sociale et son concept du « vivre ensemble » a toujours été la règle, pour tous, sans exception, quel que soit ses origines, son sentiment religieux ou son appartenance politique, le communautarisme n’ayant pas sa place en France.
Pour comprendre l’origine des populations qui vivent ici aujourd’hui, pas besoin de faire de longues recherches généalogiques, il n’y a juste qu’à lire les noms qui sont inscrits sur les boites aux lettres de nos immeubles dans les grandes villes pour se faire une idée assez précise d’où sont venus ces gens, où les  « Martineau », « Charbonnier », « Pottier », « Sabatier », « Foucher », « Péron », « Neveu » et autres « Rossignol », à consonance très française, perdent des places d’année en année, dans le classement des patronymes les plus portés en France, au profit des « Garcia », « N’guyen », « Schmitt », « Lopez », « Sanchez », « Perez », « Rodriguez », « Fernandez » et autres « Gonzales ». Par exemple, les « Martineau » sont à la 350 e place, pendant que les « Garcia » sont à la 14 e place. CQFD.
On pourra alors juger du brassage des peuples qui se sont installés en France au fil des siècles, pays d’une grande diversité, contrairement à l’idée répandue qui tenterait de nous faire croire que la France serait devenu xénophobe et raciste, comme on peut l’entendre assez fréquemment sur des plateaux télé aux heures de grande écoute dans la bouche de responsables politiques, d’intellectuels, d’écrivains, d’artistes, de « Monsieur tout le monde », voir de journalistes, au sujet desquels on se demande sur quelle planète ces gens vivent.

Chartain